Rapport annuel 2020 : pair-aidance, bipolarité et Covid-19

Rapport annuel 2020 : pair-aidance, bipolarité et Covid-19

Avec le retour des beaux jours, Le Funambule dresse le bilan de l'année 2020.

Sur fond de crise sanitaire, notre asbl a tenu le cap contre vents et marées.

Ainsi, à l’aube de la pandémie de Covid-19, Le Funambule a publié son recueil de témoignages bouleversants sur la bipolarité, « Au fil de l’humeur ».

Et puis, le premier confinement s’est invité dans nos vies et a mis entre parenthèses nos groupes de parole. Qu’à cela ne tienne,  nous nous sommes adaptés. Vous avez accueilli les groupes de parole en ligne avec un bel engouement. Nous ne sommes pas peu fiers d’avoir pu continuer à vous soutenir en ces temps difficiles. Sans oublier Cécile qui a trouvé les mots pour vous épauler par téléphone.

Découvrez tout cela en détail dans notre rapport d’activités 2020. Et bien entendu, n’hésitez pas à le partager !

 

Lisez le rapport annuel 2020 du Funambule

Et n’hésitez pas à le partager !

Rapport annuel Funambule 2020

Les statistiques du Funambule reflètent son évolution

Les statistiques du Funambule reflètent son évolution

Stéphane, membre de l’équipe depuis plusieurs années, a commencé à recenser les statistiques de l’activité du Funambule en janvier 2018. On fait le point avec lui.

Cet homme de chiffres a acquis ses …lettres de noblesse aux yeux de ses pairs par sa constance et sa minutie dans la collecte des données et leur analyse.

Il nous explique : «La première année où je me suis occupé des stats, on s’est dit que ça permettait de se rendre compte de tout ce qu’on avait réalisé au cours d’une année. Cela fait du bien de s’arrêter à un moment pour regarder les réalisations. Les stats nous servent dans nos contacts avec l’extérieur, pour nos appels aux dons, nos demandes de subventions, nos rapports d’activités, … mais aussi pour faire le point lors de réunions d’équipe ».

Stéphane nous donne quelques chiffres-clés : « Je parlerais d’abord de notre communication. En trois ans, le nombre d’abonnés à notre newsletter a progressé de 20%. Nous avons maintenant plus de 650 personnes qui suivent notre activité par ce canal. Nous avons aussi fortement développé notre communication via la page Facebook du Funambule. Elle est suivie par près de 1200 personnes alors qu’en 2018, il n’y avait que 273 abonnés ! Au début 2020, nous avons aussi retravaillé notre site web de fond en comble et veillé à sa visibilité en achetant le nom de domaine www.bipolarite.org. Le résultat ne s’est pas fait attendre, de 470 visites par mois, nous en sommes à plus de 1500 !   ».

Pour pouvoir dresser un état des lieux le plus complet possible à une date donnée, Stéphane sollicite les facilitateurs des groupes de parole, qui lui transmettent les chiffres de participation. « En ce qui concerne les groupes de parole, là aussi les chiffres montrent que le Funambule répond aux besoins. En 2018, nous avons accueilli 238 participants. A la faveur de l’ouverture d’un nouveau groupe de parole à Mons, le Funambule a ouvert ses portes à 100 personnes de plus en 2019. 2020 est bien évidemment une année particulière. Nos groupes ont été à l’arrêt pendant près de deux mois, le temps que nous mettions en place des groupes en ligne. Au total, malgré cette situation défavorable, 344 personnes ont participé en 2020. C’est un beau résultat, surtout si on considère que plus de 100 personnes qui n’avaient jamais participé nous ont rejoints ».

Notre statisticien maison complète son tableau par le nombre d’appels au service d’écoute téléphonique du Funambule, assuré avec beaucoup d’humanité et de professionnalisme par Cécile Perrad. Elle a reçu 139 appels en 2018 et 401 en 2020 !

Et Stéphane de conclure : « Ces statistiques montrent que la Funambule remplit ses missions, notamment avec  ses deux « métiers de base » que sont les groupes de parole et l’écoute téléphonique. On constate une progression constante de notre activité, c’est motivant pour tous ! ».

Stéphane étant désormais occupé à temps plein dans la pair-aidance, c’est Grégory Christian, également membre de l’équipe, qui prend la relève pour les statistiques. Merci à eux deux.

Franca Rossi

Une grande marche pour la santé mentale et le bien-être

Une grande marche pour la santé mentale et le bien-être

Allier sport et engagement social est toujours porteur : l’activité physique fait du bien et permet en plus de se mobiliser pour une bonne cause.

Un comité de citoyens, soutenus par des universités francophones (UCL, UMons, UNamur, ULiège et ULB), a mis sur pied une marche pour la santé mentale et le bien-être. Cet événement, qui constitue une première, se déroulera du 20 juin au 10 juillet et comptera 21 étapes, à Bruxelles et en Wallonie.

 

Le Funambule, au même titre qu’En Route et Psytoyens, soutient cette initiative, qui donnera une visibilité à un secteur de la santé encore trop souvent méconnu.

Pierre Maurage, professeur à l’UCL et coorganisateur de la Marche, nous en parle avec enthousiasme : « Nous voulions créer un événement fédérateur pour les personnes concernées, les proches, les cliniciens et praticiens de la santé mentale. Cette idée est partie de deux constats. Le premier est que la santé mentale est mise de côté au profit de la santé physique durant la crise que nous traversons. Or, les études le montrent, la crise sanitaire a fortement touché la santé mentale de la population. Le deuxième constat est qu’il est devenu urgent de recréer du lien social. Beaucoup de personnes sont isolées et nous voulons rassembler un maximum de gens autour d’une cause commune. La santé mentale, c’est l’affaire de tous ! ».

Chaque étape se clôturera par une activité conviviale (concert, conférence, débat, projection). Si vous souhaitez vous engager dans l’organisation de cet événement, la marche regroupe tout un réseau de responsables locaux, qu’il vous est possible de contacter dès maintenant en écrivant à l’adresse mail grandemarche21@gmail.com

Pour les inscriptions à cet événement (qui, soulignons-le, est gratuit), il convient d’attendre l’évolution des mesures sanitaires en vigueur, notamment via le plan plein air du gouvernement. La communication, via les médias et un site Internet notamment, commencera le 10 mai. « Si les mesures décidées ne permettent pas d’organiser cette Marche, on la reportera, tout simplement » conclut avec optimisme Pierre.

Le Funambule est réjoui de s’associer à cette initiative, qui contribuera à déstigmatiser la santé mentale. Tous en marche pour le bien-être de chacun !

Franca Rossi

COVID et santé mentale : « Le contact et le lien seront nos remèdes », Jean-Marc Priels

COVID et santé mentale : « Le contact et le lien seront nos remèdes », Jean-Marc Priels

L’impact de la crise sanitaire sur la santé mentale des citoyens fait l’objet de reportages et études. Détresse et dépression en sont les constats saillants et concernent l’ensemble de la population. Le besoin de lien social se révèle criant. Interview de Jean-Marc Priels, psychothérapeute.

Une étude de l’UCLouvain et de l’UAntwerpen, portant sur les mois d’avril à novembre 2020, révèle des chiffres inquiétants : sur les 6.337 personnes interrogées, en mars-avril (en plein lockdown), près d’un citoyen sur deux a été mesuré en état de détresse psychologique. C’était le cas d’une personne sur trois en juin, mais à l’automne, en pleine seconde vague, on revenait aux statistiques de mars-avril.

Pour évoquer cet état de crise psychologique et sociale, nous avons interviewé Jean-Marc Priels, psychologue clinicien et psychothérapeute à la Clinique Sans Souci et au Nouveau Centre Primavera, facilitateur du groupe de parole du Funambule à Jette.

Jean-Marc

« La crise sanitaire a eu un impact considérable sur la santé mentale de tout un chacun comme de la société dans son ensemble. C’est un peu comme si nous avions été soumis, sans préparation, à une anxiété traumatique collective. Nombreuses étaient les personnes qui ont ressenti, même à leur insu, comme un état de sidération face à l’ampleur de la crise. L’impact était personnel autant que mondialisé.

Reliance, alliance, déliance

Je voudrais aborder ici trois axiomes sociologiques qui ont été fragilisés. La première est celle de la reliance psychologique et sociale. Il s’agit de l’harmonie dans le lien que l’on entretient avec soi-même et avec les autres. Ces dimensions ont été questionnées par la problématique de la distanciation sociale. La crise a aussi impacté d’autres axes de reliance : physique avec notre corps, culturelle, écologique avec la nature et spirituelle ou religieuse …

La deuxième notion, est celle de l’alliance, ce besoin que l’on ressent de se lier aux autres et qui, chacun le ressent, est mis à mal dans le contexte actuel. Le troisième concept, c’est la déliance, c’est-à-dire la coupure entre soi et les autres, la rupture. La mort en est la réalité ultime. N’oublions pas que pas mal de couples se sont séparés durant cette crise, les violences intrafamiliales ont parfois affecté des enfants, les relations employeurs-employés, enseignants-enseignés ont été modifiées, etc. La préservation des rapports humains avec les autres demande une adaptation continue. Si nos cartes de banque sont désormais sans contact, il est facile de constater qu’une réelle fracture sociale et numérique ne comble pas notre besoin de vraies relations. Un climat général d’érosion du lien social technicisé capte nos habitudes et nos comportements.

Notre monde a grand besoin d’une politique relationnelle basée sur le contact, la confiance et la présence. Le contact et le lien seront nos remèdes ».

Propos recueillis par Franca Rossi

Jennifer Marshall témoigne de son expérience entre crise du Coronavirus et trouble bipolaire

Jennifer Marshall témoigne de son expérience entre crise du Coronavirus et trouble bipolaire

Crédit photo : « Boston Voyager Magazine »

« Ce qui m’aide, c’est de savoir que nous sommes tous dans le même bateau »

Annick Noirfalisse

 

Jennifer Marshall, maman américaine d’un garçon de 12 ans et d’une fille de 9 ans, partage son expérience sur la façon dont elle vit la crise du coronavirus avec sa maladie bipolaire, diagnostiquée en 2006.

 

Hospitalisée pas moins de cinq fois en conséquence d’épisodes maniaques sévères, Jennifer Marshall, maman bipolaire de deux enfants, est aussi connue aux Etats-Unis en tant que cofondatrice de « This is my Brave », une organisation à but non-lucratif créée pour briser le tabou autour des maladies mentales.

En permettant aux participants de «This is my Brave » de raconter leurs maladies mentales sur scène de manière créative, l’organisation a pour mission de parvenir à un monde où l’on ne qualifiera plus de “courageux” le fait de parler ouvertement de sa maladie mentale. « On l’appellera simplement “parler”», explique Jennifer Marshall.

Cette dernière raconte comment la crise du coronavirus l’a affectée et quelles leçons elle en a tirées.

Comment avez-vous vécu le confinement et le stress liés au coronavirus ?

Il y a un an, l’école et les activités de mes enfants ont brutalement pris fin et mon anxiété est montée en flèche. Je jonglais mon travail à plein-temps, l’école à la maison, tout en essayant de garder ma raison.

 

J’ai fait une semaine d’hypomanie, avec une anxiété intense et des difficultés à dormir. Mais pendant toute cette période, je savais que je m’en sortirais. J’ai beaucoup de chance, car j’ai un très bon système de soutien et j’ai accès à des soins.

 

Je me suis tout de suite occupée de ma santé mentale avant qu’il ne soit trop tard – ce que je n’avais pas été capable de faire dans le passé.

 

Quel a été votre premier réflexe, quand vous avez réalisé que vous ne vous sentiez plus bien ?

Dès que j’ai reconnu que mes symptômes apparaissaient (sommeil perturbé, anxiété m’envahissant la plupart de la journée, maux d’estomac qui rendaient l’idée de la nourriture particulièrement désagréable), j’ai immédiatement contacté mon psychiatre pour obtenir un rendez-vous urgemment.

 

En fait, je lui ai envoyé un texto à cinq heures du matin ce qui, avec le recul, aurait pu attendre jusqu’à sept heures au moins ! Mais je n’arrivais plus à dormir.

 

Comment décririez-vous votre prise en charge ?

Des mesures avaient été prises assez rapidement dans tout le pays pour faciliter les services de soins de santé à distance, afin que les docteurs puissent voir leurs patients virtuellement.

 

Mais avec une semaine et demie d’attente jusqu’à ce que je puisse parler avec mon docteur, j’ai été forcée de faire de mon mieux pour contrôler mon hypomanie et l’empêcher d’évoluer en manie. Je savais, avec mes années d’expérience avec la maladie bipolaire, que le sommeil était la chose la plus importante dont je devais prendre soin. En suivant mes ordonnances précédentes de médicaments pour le sommeil, j’ai pris la dose recommandée chaque soir et me suis forcée à dormir.

 

Ceci dit, cela a été une semaine et demie effrayante. Après mon rendez-vous, j’ai aussi dû prendre un autre médicament et m’y habituer, ce qui a encore pris environ une semaine.

 

Même quand on prend très bien soin de sa santé mentale, il est tout à fait naturel de se sentir déstabilisé(e), quand quelque chose comme le coronavirus surgit de nulle part. Nous ne sommes que des humains, après tout.

 

Quelles leçons avez-vous tirées de votre expérience avec le coronavirus?

L’incertitude liée au virus et le temps que cela prendra avant que la vie ne recommence à devenir normale engendrent chez moi des fluctuations d’humeur tellement fréquentes, qu’elles surviennent parfois même toutes les heures.

 

Maintenir autant que possible une routine (comme me coucher à une heure raisonnable et faire du sport quotidiennement), ainsi que manger sainement et passer du temps dehors quand le temps est bon, m’ont aidés à rester saine d’esprit pendant cette période follement stressante.

 

J’ai aussi réalisé que quand je planifie des choses dont je me réjouis, cela me remonte le moral. Même de simples plaisirs comme une ballade en famille, une ballade à vélo ou encore un repas spécial préparé ensemble m’aident à garder mon humeur stable.

 

Je fais de mon mieux pour prendre soin de ma santé mentale et montrer le bon exemple à mes enfants, mais cela n’a pas été facile. Ce qui m’aide, c’est de savoir que nous sommes tous dans le même bateau.

Plus d’informations sur la bipolarité:

Le trouble affectif bipolaire, autrefois appelé trouble maniaco-dépressif, touche
environ 45 millions de personnes dans le monde selon l’Organisation mondiale de la
santé, soit un à deux pourcent de la population.

• Cette maladie mentale se caractérise par un dérèglement des humeurs avec des
épisodes maniaques (humeur élevée, irritabilité, hyperactivité), qui alternent avec des
épisodes dépressifs et des phases d’humeur stable. L’hypomanie est similaire à la
manie, mais moins intense.

• Parmi les nombreuses personnes bipolaires célèbres se trouvent notamment Vincent
van Gogh, Winston Churchill, Catherine Zeta-Jones, le journaliste, écrivain, acteur et
réalisateur britannique Steven Fry, ainsi que le banquier américain JP Morgan.

• Depuis 2015, le 30 mars est la journée mondiale des troubles bipolaires.

L’Approche centrée sur la personne de Carl Rogers : une inspiration pour les groupes de parole

L’Approche centrée sur la personne de Carl Rogers : une inspiration pour les groupes de parole

L’ASBL Le Funambule organise des groupes de parole destinés aux personnes vivant avec un trouble bipolaire et leurs proches. Afin de faciliter ces moments, les bénévoles de l’équipe s’inspirent, notamment, de l’Approche centrée sur la personne de Carl Rogers.

Carl Rogers (1902-1987) est l’auteur du livre intitulé « Les groupes de rencontre » (Dunod). Il compte parmi les psychothérapeutes les plus influents de son époque et l’Approche centrée sur la personne qu’il a développée est enseignée partout dans le monde.

Les principes de la relation d’aide et de la psychothérapie qu’il a mis en évidence ont fait l’objet d’une intense recherche scientifique de validation quant à leur efficacité. Entre la psychanalyse et la thérapie comportementale de l’époque, la Psychothérapie selon l’Approche centrée sur la personne s’est profilée comme une troisième voie.

Carl Rogers : une des sources principales de la psychothérapie humaniste

La Psychothérapie centrée sur la personne et expérientielle (PCPE) découle des travaux de ce psychologue américain. Il est convenu que la Thérapie centrée sur la personne est née le 11 décembre 1940 à l’issue d’une célèbre conférence prononcée à l’Université du Minnesota, au cours de laquelle il a présenté de nouveaux concepts pour la psychothérapie.

Carl Rogers a enseigné aux universités d’Ohio, du Minnesota, de Chicago, du Wisconsin et a terminé sa carrière à San Diego/La Jolla en Californie où il a fondé le CSP (Center for Studies of the Person).

Il est décédé alors qu’il venait d’être nominé pour le Prix Nobel de la Paix.

Jean-Marc Priels

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