Jennifer Marshall témoigne de son expérience entre crise du Coronavirus et trouble bipolaire

Jennifer Marshall témoigne de son expérience entre crise du Coronavirus et trouble bipolaire

Crédit photo : « Boston Voyager Magazine »

« Ce qui m’aide, c’est de savoir que nous sommes tous dans le même bateau »

Annick Noirfalisse

 

Jennifer Marshall, maman américaine d’un garçon de 12 ans et d’une fille de 9 ans, partage son expérience sur la façon dont elle vit la crise du coronavirus avec sa maladie bipolaire, diagnostiquée en 2006.

 

Hospitalisée pas moins de cinq fois en conséquence d’épisodes maniaques sévères, Jennifer Marshall, maman bipolaire de deux enfants, est aussi connue aux Etats-Unis en tant que cofondatrice de « This is my Brave », une organisation à but non-lucratif créée pour briser le tabou autour des maladies mentales.

En permettant aux participants de «This is my Brave » de raconter leurs maladies mentales sur scène de manière créative, l’organisation a pour mission de parvenir à un monde où l’on ne qualifiera plus de “courageux” le fait de parler ouvertement de sa maladie mentale. « On l’appellera simplement “parler”», explique Jennifer Marshall.

Cette dernière raconte comment la crise du coronavirus l’a affectée et quelles leçons elle en a tirées.

Comment avez-vous vécu le confinement et le stress liés au coronavirus ?

Il y a un an, l’école et les activités de mes enfants ont brutalement pris fin et mon anxiété est montée en flèche. Je jonglais mon travail à plein-temps, l’école à la maison, tout en essayant de garder ma raison.

 

J’ai fait une semaine d’hypomanie, avec une anxiété intense et des difficultés à dormir. Mais pendant toute cette période, je savais que je m’en sortirais. J’ai beaucoup de chance, car j’ai un très bon système de soutien et j’ai accès à des soins.

 

Je me suis tout de suite occupée de ma santé mentale avant qu’il ne soit trop tard – ce que je n’avais pas été capable de faire dans le passé.

 

Quel a été votre premier réflexe, quand vous avez réalisé que vous ne vous sentiez plus bien ?

Dès que j’ai reconnu que mes symptômes apparaissaient (sommeil perturbé, anxiété m’envahissant la plupart de la journée, maux d’estomac qui rendaient l’idée de la nourriture particulièrement désagréable), j’ai immédiatement contacté mon psychiatre pour obtenir un rendez-vous urgemment.

 

En fait, je lui ai envoyé un texto à cinq heures du matin ce qui, avec le recul, aurait pu attendre jusqu’à sept heures au moins ! Mais je n’arrivais plus à dormir.

 

Comment décririez-vous votre prise en charge ?

Des mesures avaient été prises assez rapidement dans tout le pays pour faciliter les services de soins de santé à distance, afin que les docteurs puissent voir leurs patients virtuellement.

 

Mais avec une semaine et demie d’attente jusqu’à ce que je puisse parler avec mon docteur, j’ai été forcée de faire de mon mieux pour contrôler mon hypomanie et l’empêcher d’évoluer en manie. Je savais, avec mes années d’expérience avec la maladie bipolaire, que le sommeil était la chose la plus importante dont je devais prendre soin. En suivant mes ordonnances précédentes de médicaments pour le sommeil, j’ai pris la dose recommandée chaque soir et me suis forcée à dormir.

 

Ceci dit, cela a été une semaine et demie effrayante. Après mon rendez-vous, j’ai aussi dû prendre un autre médicament et m’y habituer, ce qui a encore pris environ une semaine.

 

Même quand on prend très bien soin de sa santé mentale, il est tout à fait naturel de se sentir déstabilisé(e), quand quelque chose comme le coronavirus surgit de nulle part. Nous ne sommes que des humains, après tout.

 

Quelles leçons avez-vous tirées de votre expérience avec le coronavirus?

L’incertitude liée au virus et le temps que cela prendra avant que la vie ne recommence à devenir normale engendrent chez moi des fluctuations d’humeur tellement fréquentes, qu’elles surviennent parfois même toutes les heures.

 

Maintenir autant que possible une routine (comme me coucher à une heure raisonnable et faire du sport quotidiennement), ainsi que manger sainement et passer du temps dehors quand le temps est bon, m’ont aidés à rester saine d’esprit pendant cette période follement stressante.

 

J’ai aussi réalisé que quand je planifie des choses dont je me réjouis, cela me remonte le moral. Même de simples plaisirs comme une ballade en famille, une ballade à vélo ou encore un repas spécial préparé ensemble m’aident à garder mon humeur stable.

 

Je fais de mon mieux pour prendre soin de ma santé mentale et montrer le bon exemple à mes enfants, mais cela n’a pas été facile. Ce qui m’aide, c’est de savoir que nous sommes tous dans le même bateau.

Plus d’informations sur la bipolarité:

Le trouble affectif bipolaire, autrefois appelé trouble maniaco-dépressif, touche
environ 45 millions de personnes dans le monde selon l’Organisation mondiale de la
santé, soit un à deux pourcent de la population.

• Cette maladie mentale se caractérise par un dérèglement des humeurs avec des
épisodes maniaques (humeur élevée, irritabilité, hyperactivité), qui alternent avec des
épisodes dépressifs et des phases d’humeur stable. L’hypomanie est similaire à la
manie, mais moins intense.

• Parmi les nombreuses personnes bipolaires célèbres se trouvent notamment Vincent
van Gogh, Winston Churchill, Catherine Zeta-Jones, le journaliste, écrivain, acteur et
réalisateur britannique Steven Fry, ainsi que le banquier américain JP Morgan.

• Depuis 2015, le 30 mars est la journée mondiale des troubles bipolaires.

L’Approche centrée sur la personne de Carl Rogers : une inspiration pour les groupes de parole

L’Approche centrée sur la personne de Carl Rogers : une inspiration pour les groupes de parole

L’ASBL Le Funambule organise des groupes de parole destinés aux personnes vivant avec un trouble bipolaire et leurs proches. Afin de faciliter ces moments, les bénévoles de l’équipe s’inspirent, notamment, de l’Approche centrée sur la personne de Carl Rogers.

Carl Rogers (1902-1987) est l’auteur du livre intitulé « Les groupes de rencontre » (Dunod). Il compte parmi les psychothérapeutes les plus influents de son époque et l’Approche centrée sur la personne qu’il a développée est enseignée partout dans le monde.

Les principes de la relation d’aide et de la psychothérapie qu’il a mis en évidence ont fait l’objet d’une intense recherche scientifique de validation quant à leur efficacité. Entre la psychanalyse et la thérapie comportementale de l’époque, la Psychothérapie selon l’Approche centrée sur la personne s’est profilée comme une troisième voie.

Carl Rogers : une des sources principales de la psychothérapie humaniste

La Psychothérapie centrée sur la personne et expérientielle (PCPE) découle des travaux de ce psychologue américain. Il est convenu que la Thérapie centrée sur la personne est née le 11 décembre 1940 à l’issue d’une célèbre conférence prononcée à l’Université du Minnesota, au cours de laquelle il a présenté de nouveaux concepts pour la psychothérapie.

Carl Rogers a enseigné aux universités d’Ohio, du Minnesota, de Chicago, du Wisconsin et a terminé sa carrière à San Diego/La Jolla en Californie où il a fondé le CSP (Center for Studies of the Person).

Il est décédé alors qu’il venait d’être nominé pour le Prix Nobel de la Paix.

Jean-Marc Priels

EN SAVOIR PLUS

Dialogue Ouvert Finlandais

Dialogue Ouvert Finlandais

Connaissez-vous l’Open Dialogue ou Dialogue Ouvert, cette approche initialement développée en Laponie Occidentale, Nord-Finlande ?

Pour en savoir plus, nous donnons la parole à Alizaris Hublet, une des cinq coorganisatrices d’Open Dialogue en Belgique francophone, « OD for BE ».

« C’est Luc De Bry qui a découvert cette pratique lors d’un séjour en Laponie Occidentale. Il nous a parlé des quatre documentaires de Daniel Mackler sur la guérison de psychose, schizophrénie et bipolarite et traduits en 24 langues. 

L’Open Dialogue Therapy repose sur sept principes de base. D’abord, le premier principe, c’est une aide immédiate, dans les 24 heures qui suivent l’appel téléphonique de demande d’aide, et deux ou trois personnes de l’équipe se rendent à domicile. Le deuxième principe, c’est un accompagnement en réseau impliquant la famille et le réseau social de chaque souffrant.

Troisième principe, la flexibilité et la mobilité : le nombre de personnes présentes en réunion peut fluctuer. Quatrième principe, la responsabilité : c’est toujours la même équipe qui soutiendra le souffrant et sa famille.

Le cinquième principe garantit le support psychologique continu des personnes accompagnées. Le sixième principe, c’est la tolérance de l’incertitude, pas de solution clé-sur-porte. Et enfin, le septième principe : le dialogue et la polyphonie avec une hiérarchie aplatie afin que toutes les voix soient entendues. 

Pour mieux faire connaître l’Open Dialogue Therapy, nous avons co-organisé trois formations de deux jours et la quatrième est pour fin mars 2021. Ces formations s’adressent aux souffrants, aux proches et aux professionnels.
Au total, nous avons accueilli 150 participants, de Belgique, Martinique, France, Maroc et Australie. Nous nous entraînons à l’Open Dialogue trois fois par semaine et, à un stade exploratoire, nous soutenons quelques souffrants. Pour l’instant, huit Belges suivent une formation approfondie à OD. Cette approche est en cours de diffusion dans 20 pays différents ».

Luc De Bry, l’initiateur d’OD for BE, nous a communiqué quelques données qui permettent de mieux mesurer l’impact de cette innovation. Il cite les publications académiques rapportant qu’en 2 à 5 ans de thérapie, il y a 80 à 85% de guérison de psychose, schizophrénie, bipolarité, et pas de rechute.  A peine 17% des patients se voient prescrire des psychotropes.  Et les guéris sont tous dans des études ou un travail à temps plein et payent leurs taxes.

En conclusion de ce dossier, l’ayant vu de ses propres yeux, Luc nous confirme : « En Laponie Occidentale, avec un tel taux de guérison, les lits des hôpitaux psychiatriques sont vides, ce qui est bénéfique autant pour les patients et leurs familles que pour les payeurs d’impôts : La « Open Dialogue Therapy » guérit et coûte vingt fois moins cher que la psychiatrie, en effet ».

Propos recueillis par Franca Rossi

POUR EN SAVOIR PLUS : www.esperances.org

Page Facebook d’Open Dialogue

« L’envol du Flamant Rose », un livre sur le trouble bipolaire

« L’envol du Flamant Rose », un livre sur le trouble bipolaire

Un livre sur le trouble bipolaire. Oui, mais encore? Avec « L’Envol du Flamant rose », paru aux éditions Ex-Aequo, Jérôme Idelon signe un premier roman poétique, où l’amour filial et maternel règnent tout au long des pages.

Pour supporter les crises de Rose, sa maman, le jeune Théo, 10 ans, va faire preuve d’une imagination et d’une tendresse infinies.

Nous avons pu interviewer l’auteur qui, sans prétention mais avec conviction, nous a parlé de son œuvre : 

« J’ai 33 ans et je vis à Paris. J’ai fait deux tours du monde et, durant le second, j’ai dû rentrer en France à cause de la COVID. Enfermé dans mon appartement, je me suis mis à écrire jour et nuit pour continuer à voyager sans quitter mon appartement. J’ai terminé son écriture le dernier jour du confinement, après un mois et demi d’écriture intense.   

Je voulais raconter une histoire sur les sentiments humains. Le thème du trouble bipolaire s’y prêtait très bien. Avec cette maladie, on peut mourir de rire et mourir tout court en se donnant la mort, et ce la même journée. Cette maladie renferme en elle tout le spectre des émotions, de la joie à la détresse. Je voulais décrire la folie qui l’accompagne, douce et belle, en faire quelque chose de poétique et de tendre.

Théo vit un quotidien en huis clos avec sa maman et sa maladie, jusqu’au jour où les services à l’enfance veulent les séparer. S’aimant démesurément trop, ils décident alors de fuir tous les deux pour les semer. On suit pas à pas leur histoire, leur amour, et on regarde désarmé, la folie de la mère qui peu à peu les rattrape.

Des lecteurs m’ont expliqué que le livre les a émus aux larmes, parce qu’il y a des situations dramatiques. Mais racontées des yeux d’un enfant, celles-ci en deviennent en même temps drôles.

Avant d’écrire « L’Envol du flamant rose », je me suis abondamment documenté grâce à des reportages et des témoignages sur le trouble bipolaire. Le personnage principal « Rose Flamant » est un clin d’œil à la Belgique. Mon livre est truffé de jeux de mots. Humour, amour, c’est une histoire qui touche et qui bouleverse ».

Propos recueillis pas Franca Rossi

POUR EN SAVOIR PLUS :

Magnifique recueil de l’association niçoise « Le Phare des 2 Pôles »

Magnifique recueil de l’association niçoise « Le Phare des 2 Pôles »

Le Funambule entretient d’excellents contacts avec l’association niçoise « Le Phare des 2 Pôles ». Celle-ci  propose également des groupes de parole et des ateliers thématiques, où elle invite des intervenants du secteur de la santé mentale et autres (psychiatres, psychologues, assistants sociaux, etc.).

Comme nous l’avons fait il y a un an, l’association française a publié fin 2020 un recueil de témoignages intitulé « Espoirs : petit traité pour mieux vivre avec ses troubles bipolaires », aux éditions Digobar. Véronique Labedade, la présidente et fondatrice depuis 2015 du « Phare des 2 Pôles », nous parle de cette initiative.

« L’idée a germé après l’un de nos groupes de parole, au cours duquel les participants ont raconté ce qu’ils avaient mis en place pour mieux vivre avec leur trouble bipolaire. Des choses superbes ont été dites et, de là, est venue cette idée d’un projet collectif.

Nous avons organisé un atelier d’écriture et cinq personnes de l’association ont constitué un comité de lecture, qui a relu et approuvé les textes. Véronique Gendry, la secrétaire, a assuré le relais avec la maison d’édition. 

À ce jour, nous avons vendu près de 200 livres. Pour la petite histoire, c’est lors d’une journée sur le rétablissement et la réhabilitation organisée par l’hôpital Sainte-Marie que j’ai conversé avec la directrice de publication de la revue Santé Mentale qui menait les débats. Après lui avoir demandé si elle connaissait un éditeur pour nous, elle m’a orientée vers celui avec lequel nous avons collaboré, qui de par son ancien métier d’infirmier en psychiatrie s’est révélé sensible aux problématiques auxquelles nous sommes confrontés au quotidien.

Les textes de ce recueil sont très beaux et émouvants, car les auteurs et autrices se sont livrés avec sensibilité, pudeur et honnêteté. Ils se sont mis à nu, ont dévoilé une partie de leur vie. 

Nous avons eu un retour du Docteur Jean-Yves Giordana, psychiatre, qui nous a écrit un  message très sensible dont voici un extrait :

« Tout au long de cet ouvrage, on sent bien chez tous, cette détermination à reprendre le contrôle de sa vie et à retrouver le pouvoir d’agir dans une recherche d’épanouissement personnel et de possibilité de se réaliser. Nul doute que la réalisation de cette œuvre collective aura pour chacun un impact positif par son aspect valorisant de nature à renforcer l’estime de soi. Encore BRAVO pour avoir mené à bien ce chantier qui témoigne du succès de votre entreprise avec la création de votre association dont vous pouvez être très fière.”.

Malgré cette période compliquée due à la crise sanitaire, notre ouvrage continue à tisser des liens et à renforcer la solidarité entre nous. Bon nombre d’adhérents sont en effet restés fidèles à l’association. Vivement que l’on puisse se retrouver en présentiel, reprendre nos sorties culturelles et notre excursion annuelle, qui nous sort de notre quotidien pour découvrir un bel ailleurs.

L’Association continue sa mission, qui est de rompre l’isolement et d’aller vers l’autre ».

Propos recueillis par Franca Rossi

ACHETER LE RECUEIL DE TEMOIGNAGES 

« Espoirs : petit traité pour mieux vivre avec ses troubles bipolaires » est disponible sur le site de la FNAC, Amazon et sur le site des libraires, comme Masséna à Nice.